Résumé - Essais : Anti-copie - Résumé et fiche de lecture - Essais - Michel de Montaigne À l’imitation des Œuvres morales du Grec Plutarque (46-120), Montaigne conçoit ses Essais comme une « marqueterie mal jointe », et revendique leur désordre comme gage de sa liberté et de sa « bonne foy ». Préférant à l’organisation didactique et à la rhétorique des pédants une « allure poétique, à sauts et à gambades », il mise sur la bigarrure et la diversité. Les cent sept chapitres des Essais frappent donc par leur variété et par les contrastes qui les animent. Si les plus courts (notamment au livre I) ne sont guère que des notes de lecture, juxtaposant en une ou deux pages quelques anecdotes brièvement commentées, d’autres forment de véritables essais philosophiques, d’inspiration stoïcienne (« Que philosopher c’est apprendre à mourir », I, 20) ou sceptique (« Apologie de Raimond Sebond », II, 12), de plus en plus nourris de confidences personnelles (« De la vanité », III, 9 ; « De l’expérience », III, 13). Anti-copie - Résumé et fiche de lecture - Essais - Michel de Montaigne À la variété des formes répond celle des sujets : Montaigne, affectant de « parler indifféremment de tout ce qui se présente à sa fantasie », passe sans transition des « cannibales » (I, 31) aux « ordonnances divines » (I, 32), des « senteurs » (I, 60) aux « prières » (I, 61). Quelques titres trompeurs masquent les chapitres les plus audacieux : « Coutume de l’île de Céa » (II, 3) discute de la légitimité du suicide ; « De la ressemblance des enfants aux pères » (II, 37) attaque les médecins ; « Sur des vers de Virgile » (III, 5) recèle les confessions de Montaigne sur son expérience de l’amour et de la sexualité ; « Des coches » (III, 6) dénonce la barbarie des conquistadors... Non moins diverses sont les sources innombrables que Montaigne fait dialoguer, confrontant les autorités traditionnelles de l’humanisme à son expérience individuelle : si Plutarque et Sénèque restent ses auteurs de prédilection, historiens et poètes ne sont guère moins sollicités : des centaines de citations en prose ou en vers, en français et en latin, souvent plaisamment détournées, composent un texte à plusieurs voix. Loin de constituer un ornement gratuit ou une autorité paralysante, cet intertexte omniprésent illustre ou sollicite toujours une réflexion penelle : « Je ne dis les autres, explique Montaigne, sinon pour d’autant plus me dire. » Anti-copie - Résumé et fiche de lecture - Essais - Michel de Montaigne L’unité des Essais réside dans la démarche originale qui fait de l’enquête philosophique le miroir de l’auteur : « C’est moi que je peins. » Quel que soit le sujet traité, le but poursuivi est la connaissance de soi, l’évaluation de son propre jugement, l’approfondissement de ses inclinations : « Dernierement que je me retiray chez moy, délibéré autant que je pourroy, ne me mesler d’autre chose que de passer en repos, et à part, ce peu qui me reste de vie : il me sembloit ne pouvoir faire plus grande faveur à mon esprit, que de le laisser en pleine oisiveté, s’entretenir soy mesmes, et s’arrester et rasseoir en soy » (I, 8). Au-delà de ce projet sans précédent, qui nous dévoile les goûts et les opinions d’un gentilhomme périgourdin du XVIe siècle, comme ses habitudes et ses manies les plus secrètes, le génie de Montaigne est d’éclairer la dimension universelle d’un tel autoportrait : dans la mesure où « chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition », la mise en œuvre du précepte socratique « Connais-toi toi-même » débouche sur une exploration vertigineuse des énigmes de notre condition, dans sa misère, sa vanité, son inconstance, sa dignité aussi. |